Les Roy-Desjardins


Chronique familiale de l’ancĂŞtre Antoine Roy dit Desjardins

Cette généalogie a été préparée en collaboration avec le généalogiste Jean-Jacques LEBEAU

L’histoire d’Antoine et de ses descendants a Ă©tĂ© Ă©tablie sur 10 gĂ©nĂ©rations

Antoine Roy dit Desjardins arrive à Québec le 19 juin 1665, à l’âge de 30 ans, comme soldat de la compagnie de Froment du régiment de Carignan. Démobilisé, Antoine choisit de vivre dans la colonie au lieu de retourner en France et épouse à Québec en 1668, Marie Major, une fille du roy, dont il a un fils unique, Pierre.

Antoine est le fils d’Olivier, maĂ®tre-tonnelier, et de Catherine Boderge de Saint-Jean de Joigny, diocèse de Sens en Champagne. Marie Major est la fille de feu Jean Major, receveur de la baronnie d’Heuqueville-en-Vexin et d’Aubeuf-en-Vexin, et feue Marguerite LepelĂ© de Saint-Thomas de Touques, Ă©vĂŞchĂ© de Lizieux en Normandie. Elle apporte des biens estimĂ©s Ă  300 livres.

Tonnelier de son mĂ©tier, comme son père Olivier, il vit pauvrement sur une terre Ă  Batiscan, comtĂ© de Portneuf, car ses affaires sont malheureusement loin d’ĂŞtre brillantes. Antoine Roy possède Ă©galement Ă  Batiscan une concession de terre, mais il est un mauvais dĂ©fricheur, sans grand courage nipersĂ©vĂ©rance. Il se voit contraint bientĂ´t emprunter de l’argent, ce qui aggrave sa situation dĂ©jĂ  prĂ©caire. De jour en jour, il s’enfonce dans ses dettes au point qu’il est pourchassĂ© par ses crĂ©anciers qui se font d’autant plus exigeants qu’il devient de moinsen moins solvable.

Au recensement de 1681, l’on trouve Antoine Roy, tonnelier, 45 ans, avec Marie Major, sa femme, 41 ans, et Pierre, leur fils qui a 12 ans. Il possède 2 bĂŞtes Ă  cornes; 5 arpents en valeur.

Le 1er juillet 1684, un accord est signĂ© entre Michel Lecourt et Antoine pour rĂ©gler certains diffĂ©rends survenus entre eux. Antoine dĂ©cide de dĂ©mĂ©nager Ă  MontrĂ©al. Cette dĂ©cision lui sera fatale car il courtise, un peu trop, la femme d’un de ses crĂ©anciers montrĂ©alais, Julien Talua dit Vendamont. Ce dernier est huissier, fermier et receveur pour les Messieurs de Saint-Sulpice, les seigneurs de MontrĂ©al depuis 1663.

Toujours lourdement endettĂ©, Antoine est aperçu par Talua, le 10 juillet 1684, en un « tĂŞte Ă  tĂŞte » avec son Ă©pouse Anne Godeby qui ne laisse aucun doute sur la nature des relations qui existent entre les deux coupables. Pris d’un excès de jalousie et de colère, Talua le tue. Ce dernierest accusĂ© d’avoir « homicidĂ© le nommĂ© Antoine Roy dit Desjardins », et condamnĂ© Ă  ĂŞtre pendu Ă  MontrĂ©al. Son Ă©pouse adultère est mise au ban perpĂ©tuel. Mais, peu après l’audition de sa requĂŞte en appel au Conseil souverain, Talua bĂ©nĂ©ficie de certains privilèges qui lui permettent d’échapper Ă  la pendaison. Il disparait de la colonie.

Après le meurtre de son père, Pierre Roy-Desjardins s’établit temporairement à Québec en compagnie de sa mère, Marie Major, et suite au décès de celle-ci à l’Hôtel Dieu de Québec en 1689, il vit successivement à l’Île d’Orléans, en Kamouraska puis finit ses jours à Repentigny, en 1734.

Exerçant tour à tour les métiers de tonnelier, d’agriculteur et de charpentier, Pierre eut dix-neuf enfants de trois unions, dont dix-sept parvinrent à l’âge adulte. Une branche de sa descendance essaima à partir de Sainte-Anne-de-la-Pocatière vers le Bas-Saint-Laurent, notamment à Trois-Pistoles, Saint-Fabien de Rimouski, Cap Chat. Descendant des premiers colons de la paroisse de Saint-Fabien, les frères Isaac, Benjamin Roy, Fortunat Roy et son épouse Anna Lebel s’implantèrent pour leur part à Trois-Pistoles.

Antoine n’était peut-être pas l’ancêtre exemplaire et vertueux dont on puisse rêver. Des recherches récentes indiquent clairement qu’Antoine aurait eu en France une épouse, Catherine Byot, et deux fils. Toutefois, les données historiques ne permettent pas de déterminer avec certitude si son épouse française et ses deux fils vivaient encore ou au contraire, étaient décédés, lors de son embarquement pour la Nouvelle-France. En supposant qu’Antoine ait été endeuillé par la disparition de Catherine et de leurs fils, à la suite d’une épidémie ou d’une guerre par exemple, on peut comprendre qu’il ait voulu tenter l’aventure et refaire sa vie en Nouvelle-France en s’enrôlant comme volontaire dans le régiment de Carignan qui offrait une telle opportunité, et en choisissant, après son licenciement, de rester dans la colonie pour y exercer son métier de tonnelier.

Parmi la vingtaine d’ancĂŞtres ayant portĂ© le patronyme «Roy» sous le rĂ©gime français, les descendants d’Antoine Roy dit Desjardins, les «Desjardins», Ă©tant le surnom de guerre pris par Antoine dans le rĂ©giment de Carignan, sont aujourd’hui parmi les plus nombreux en AmĂ©rique et comptent certains membres remarquables, dont Alphonse Desjardins, fondateur des Caisses populaires Desjardins.

Pour discutable que fut la conduite d’Antoine, il n’en demeure pas moins que jamais justice ne lui fut rendue, pas plus qu’à ses descendants d’ailleurs.

Sources: Yvonnick Roy-Desjardins et Sergine Desjardins