Tentation


MĂ©fiez-vous de ces creux tapis au fond des combes.
On croit y voir briller des cristaux de soleil
Sertis dans les roseaux alors que le soir tombe,
Mais ce sont des appeaux qui n’ont pas leurs pareils.

Point n’est besoin de son : la lumière est musique,
Elle vibre et séduit, fait croire à cet appel
En feignant de s’éteindre : ignorez sa supplique !
Ce n’est qu’un artifice à traiter comme tel.
Evitez, croyez-moi, de tomber dans le piège
Qu’elle a tendu pour vous, car au bout du chemin
Ce n’est point la clarté, ce sont les sortilèges
Qui vous sont réservés. Car au pied des lupins
Et des plants de genêts, s’insinuent des coulures,
Des rigoles de nuit. Elles vont, serpentant,
Enroulées au début comme une chevelure
Qui, bientôt, sur le sol se déploie et s’étend.

Plus rien n’est épargné. La mousse, la première,
Se noie de proche en proche et bientôt disparaît,
Happée par tout ce noir. Ne vous y risquez pas
Car ce flot va monter. Peut-ĂŞtre un dernier rai
Sera la tentation d’y orienter vos pas.
N’en faîtes rien surtout ! La nuit est la plus forte :
La voici, bien lovée dans le lit du ravin.

Montez, suivez plutĂ´t cet instinct qui vous porte :
Là-haut, voici la lune au-delà des sapins…

Jean-Claude Manaranche

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