Puerto Rico… suite 1


Les Américains

En 1890, le capitaine Alfred Thayer Mahan, un membre du Conseil de guerre de la marine amĂ©ricaine de premier plan et penseur stratĂ©gique, avait Ă©crit un livre intitulĂ© «L’influence de la puissance maritime sur l’Histoire» dans lequel il plaidait pour la crĂ©ation d’une marine importante et puissante sur le modèle de la Royal Navy britannique. Une partie de sa stratĂ©gie comprenait l’acquisition de colonies dans la mer des CaraĂŻbes qui serviraient de stations charbonnières, navales et de points stratĂ©giques pour la dĂ©fense de la construction d’un canal dans l’isthme.

Cette idĂ©e n’Ă©tait pas nouvelle, puisque William H. Seward, ancien secrĂ©taire d’État des administrations de diffĂ©rents prĂ©sidents dont Abraham Lincoln et Ulysses Grant, soulignait que le canal devait ĂŞtre construit au Honduras, au Nicaragua ou au Panama et qu’il Ă©tait important pour les USA d’annexer la RĂ©publique Dominicaine et d’acquĂ©rir Puerto Rico et Cuba. L’idĂ©e d’annexer la RĂ©publique dominicaine ne reçu pas l’approbation du sĂ©nat amĂ©ricain et l’Espagne n’accepta pas les 160 millions de dollars des États-Unis offerts pour Puerto Rico et Cuba.

Le capitaine Mahan fit la déclaration suivante au ministère de la Guerre pour l’invasion de Cuba et de Puerto Rico: «N’ayant pas d’installations à l’étranger, coloniale ou militaire, les navires de guerre des États-Unis sont comme des oiseaux terrestres incapables de voler loin de leurs côtes. Nous avons besoin de lieux de repos pour eux, pour obtenir le charbon et faire les réparations à nos navires».

Depuis 1894, le «Naval War College» formulait stratĂ©gie pour une guerre contre l’Espagne. En 1896, l’«Office of Naval Intelligence» avait prĂ©parĂ© un plan qui comprenait des opĂ©rations militaires dans les eaux de Puerto Rico. Cette planification d’avant-guerre ne prĂ©voyait pas d’acquisitions majeures territoriales, sauf un plan en 1895 qui recommandait l’annexion de Puerto Rico. Plus tard, des plans furent mis au point pour attaquer les territoires espagnols autour de Cuba. Cependant, Jorge Rodriguez Beruf, reconnu comme un chercheur avant tout sur le militarisme des Etats-Unis Ă  Puerto Rico, Ă©crit que non seulement Puerto Rico doit ĂŞtre considĂ©rĂ© comme une prĂ©cieuse station navale mais que comme Cuba, elle Ă©tait aussi abondante en sucre, denrĂ©e commerciale prĂ©cieuse que les États-Unis n’avaient pas.

La guerre hispano-amĂ©ricaine commença le 25 juillet 1898 lorsque les USA envahirent Puerto Rico avec un atterrissage Ă  Guánica. Ă€ l’issu de la guerre, l’Espagne cĂ©da Puerto Rico, ainsi que les Philippines et Guam aux États-Unis en vertu du traitĂ© de Paris. L’Espagne abandonna sa souverainetĂ© sur Cuba, mais ne la cĂ©da pas aux États-Unis.

Portoricains, citoyens américains

Puerto Rico commença le 20e siècle sous le rĂ©gime militaire des États-Unis avec des fonctionnaires, y compris le gouverneur, nommĂ©s par le PrĂ©sident des États-Unis. La loi de 1900 accorda Ă  Puerto Rico un certain nombre de gouvernements populaires civils, un Ă©lu non-votant au Congrès amĂ©ricain avec le titre de « commissaire rĂ©sident» Elle comprenait Ă©galement, un système judiciaire similaire Ă  celui des USA. En outre, cette loi Ă©tendait Ă  Puerto Rico toutes les lois des États-Unis, mĂŞme celles qui n’étaient «pas localement applicables« . Cependant, la loi habilitait le gouvernement de Puerto Rico Ă  lĂ©gifĂ©rer sur «toutes les questions de caractère lĂ©gislatif sur les lois inapplicables« , y compris le pouvoir de modifier et d’abroger toutes les lois alors en vigueur, Ă  Puerto Rico. Par contre, le Congrès amĂ©ricain conservait le pouvoir d’annuler les actes de la lĂ©gislature de Puerto Rico.

Au cours d’une adresse Ă  l’AssemblĂ©e lĂ©gislative de Puerto Rico en 1906, le PrĂ©sident Theodore Roosevelt affirma que les Portoricains deviendraient des citoyens amĂ©ricains. Tout fut confirmĂ© lĂ©galement en 1917 par le Jones Act. En raison de leur citoyennetĂ© amĂ©ricaine nouvelle, de nombreux Portoricains furent enrĂ´lĂ©s dans la Première Guerre mondiale et dans toutes les guerres qui ont suivi oĂą les États-Unis participaient militairement.

Les catastrophes naturelles y compris un important tremblement de terre, un tsunami, plusieurs ouragans et la Grande DĂ©pression s’attaquèrent Ă  l’Ă®le au cours des premières dĂ©cennies de la domination des États-Unis. Certains dirigeants politiques, comme Pedro Albizu Campos chef du parti nationaliste portoricain, demandèrent un changement de structure politique.

Le 21 mars 1937, une assemblĂ©e fut organisĂ©e dans la ville mĂ©ridionale de Ponce par le Parti nationaliste de Puerto Rico. Elle s’avĂ©ra un conflit sanglant lorsque la police insulaire intervint sous les ordres du gouverneur nommĂ© par les États-Unis». Le bilan fut de dix-neuf morts et plus de 200 blessĂ©s graves, de nombreux tirĂ©s dans le dos alors qu’ils s’enfuyaient. L’«American Civil Liberties Union» prĂ©para un rapport sur le massacre, connu maintenant comme le «massacre de Ponce». Le 2 avril 1943, le sĂ©nateur amĂ©ricain Millard Tydings prĂ©senta un projet de loi au Congrès appelant Ă  l’indĂ©pendance totale de Puerto Rico. Le projet de loi fut rejetĂ©.

Luis Munoz Marin

La gouvernance interne changea durant les dernières annĂ©es de l’administration Roosevelt-Truman grâce Ă  un compromis proposĂ© par Luis Muñoz MarĂ­n. Il aboutit Ă  la nomination par le PrĂ©sident Truman, en 1946, du premier gouverneur nĂ© Ă  Puerto Rico, JesĂşs T. Piñero.


En 1947, les États-Unis accordèrent aux Portoricains le droit d’Ă©lire dĂ©mocratiquement leur propre gouverneur. Luis Muñoz MarĂ­n fut Ă©lu au cours des Ă©lections gĂ©nĂ©rales de 1948. En 1950, le Congrès amĂ©ricain approuva la «Public Law 600» qui permettait un rĂ©fĂ©rendum dĂ©mocratique Ă  Puerto Rico pour dĂ©terminer si les Portoricains souhaitaient rĂ©diger leur propre constitution locale. Il a fallu l’approbation du Congrès de la constitution de Puerto Rico avant de pouvoir mettre cette loi en vigueur et abroger certains articles de la loi de 1917.

Les séparatistes

Le 30 Octobre 1950, Pedro Albizu Campos et d’autres nationalistes menèrent une rĂ©volte de trois jours contre les Etats-Unis dans diverses villes et villages de Puerto Rico. Les plus notables se produisirent Ă  Jayuya et Ă  Utuado. Dans le nom «soulèvement Jayuya», les États-Unis dĂ©crĂ©tèrent la loi martiale et attaquèrent Jayuya avec l’infanterie, l’artillerie et des bombardiers. Le soulèvement Utuado aboutit Ă  ce qui est connu comme le «massacre de Utuado». Le 1er Novembre 1950, les nationalistes portoricains Griselio Torresola et Oscar Collazo tentèrent d’assassiner le prĂ©sident Harry S Truman. Torresola fut tuĂ© pendant l’attaque, mais Collazo fut capturĂ©. Collazo servit 29 ans dans une prison fĂ©dĂ©rale avant d’ĂŞtre libĂ©rĂ© en 1979. Don Pedro Albizu Campos a Ă©galement Ă©tĂ© emprisonnĂ© pendant de nombreuses annĂ©es dans une prison fĂ©dĂ©rale Ă  Atlanta, en GĂ©orgie, pour conspiration sĂ©ditieuse afin de renverser le gouvernement des États-Unis Ă  Puerto Rico.

La Constitution de Puerto Rico a Ă©tĂ© approuvĂ©e par une convention constitutionnelle le 6 FĂ©vrier 1952, ratifiĂ©e par le Congrès amĂ©ricain, approuvĂ©e par le prĂ©sident Truman le 3 juillet de la mĂŞme annĂ©e et proclamĂ©e par le gouverneur Muñoz MarĂ­n le 25 Juillet 1952, pour remĂ©morer le 25 juillet 1898 lorsque les troupes amĂ©ricaines entreprirent la campagne portoricaine de la guerre hispano-amĂ©ricaine. Puerto Rico adopta le nom de «Estado Libre Asociado» (traduit littĂ©ralement par « Etat libre associé»), pour son corps politique. Par contre, le Congrès amĂ©ricain continua Ă  lĂ©gifĂ©rer sur de nombreux aspects fondamentaux de Puerto Rico: la citoyennetĂ©, la monnaie, les services postaux, les affaires Ă©trangères, la dĂ©fense militaire, les communications, les relations de travail, l’environnement, le commerce, la finance, la santĂ©, le bien-ĂŞtre et bien d’autres.

L’industrialisation

Au dĂ©but du 20e siècle, le plus grand apport Ă  l’Ă©conomie de Puerto Rico Ă©tait l’agriculture et, sa principale culture, le sucre. Durant les annĂ©es 1950, Puerto Rico a connu une industrialisation rapide, due en grande partie Ă  «OperaciĂłn Manos a Obra» (Operation Bootstrap), une Ă©manation du «New Deal» du prĂ©sident Franklin Delano Roosevelt, qui visait Ă  favoriser la fabrication industrielle par le biais d’exonĂ©rations fiscales pour les compagnies. Depuis Puerto Rico est classĂ© par la Banque mondiale comme un «pays Ă  revenu Ă©levé ».

Les conditions économiques se sont considérablement améliorées depuis la Grande Dépression en raison des investissements extérieurs dans les industries comme la pétrochimie, les produits pharmaceutiques et la technologie. Aujourd’hui, les industries locales doivent rivaliser avec celles des régions les plus économiquement défavorisées du monde où les salaires ne sont pas soumis à la législation du salaire minimum américain. Actuellement, Puerto Rico est un centre mondial de fabrication de produits pharmaceutiques.

Ces dernières années, certains américains et étrangers ont déplacé leurs usines vers des pays à bas salaires en Amérique latine et en Asie.

C’est pourquoi, Ă  partir d’environ 1950, une forte Ă©migration de Portoricains, en quĂŞte de meilleures conditions Ă©conomiques, s’engagea vers la zone continentale des États-Unis, notamment New York. Alors que le flux migratoire Ă©tait en moyenne annuellement de 1 800 pour lles annĂ©es 1930-1940, il passa Ă  31 000 pour 1946-1950, Ă  45 000 pour 1951-1960 avec un pic de 75 000 en 1953. En 2003, le recensement des États-Unis Bureau estimait que plus de Portoricains de naissance ou d’ascendance vivent aux États-Unis qu’Ă  Puerto Rico.

Les Portoricains avaient un revenu mĂ©dian des mĂ©nages de 24 169 $ pour 2009, ce qui rend l’Ă©conomie de Puerto Rico comparable Ă  celle des nations indĂ©pendantes de la Lettonie ou la Pologne. Ă€ titre de comparaison, l’État le plus pauvre de l’Union, le Mississippi, avait un revenu mĂ©dian des mĂ©nages de 36 338 $ en 2007. NĂ©anmoins, le PIB de Puerto Rico par habitant se compare favorablement Ă  d’autres nations indĂ©pendantes des CaraĂŻbes et est l’un des plus Ă©levĂ©s en AmĂ©rique du Nord. La devise est le dollar amĂ©ricain.

La politique actuelle

Puerto Rico peine encore Ă  dĂ©finir son statut politique. Trois plĂ©biscites ont eu lieu ces dernières dĂ©cennies pour rĂ©soudre le statut politique, mais aucun changement n’a eu lieu. L’appui populaire au parti pro-nationaliste, «Partido Nuevo Progresista (PNP)», et au parti pro-rĂ©publique, «Partido Popular Democratico (PPD)», reste Ă  peu près Ă©gal. Le seul parti social vraiment sĂ©paratiste est le «Partido Independentista Puertorriqueño (PIP)» qui reçoit habituellement 3-5% des voix Ă©lectorales.

Le Capitole de San Juan est la maison de l’AssemblĂ©e lĂ©gislative de Puerto Rico Rico. Les pouvoirs actuels du gouvernement sont tous ceux dĂ©lĂ©guĂ©s par le Congrès des États-Unis et ne sont pas protĂ©gĂ©s complètement en vertu de la Constitution amĂ©ricaine.

Le gouvernement de Puerto Rico, basĂ© sur le système rĂ©publicain formel, est composĂ© de trois branches: exĂ©cutif, lĂ©gislatif et judiciaire. Le pouvoir exĂ©cutif est exercĂ© par le gouverneur, actuellement Luis Fortuño. Le pouvoir lĂ©gislatif est constituĂ© d’une AssemblĂ©e lĂ©gislative bicamĂ©rale composĂ©e d’un SĂ©nat et d’une Chambre des reprĂ©sentants. Le SĂ©nat est dirigĂ© par le PrĂ©sident du SĂ©nat, tandis que la Chambre des reprĂ©sentants est dirigĂ© par le PrĂ©sident de la Chambre.

Le pouvoir judiciaire est dirigé par le juge en chef de la Cour suprême de Puerto Rico. Le système juridique est un mélange du droit civil et des systèmes de common law. Le gouverneur et les législateurs sont élus au suffrage universel tous les quatre ans. Les membres de la branche judiciaire sont nommés par le gouverneur avec l’«avis et consentement» du Sénat. Puerto Rico est représenté au Congrès des États-Unis par un délégué sans droit de vote, officiellement appelé un commissaire résident.

Bien que rĂ©sidant Ă  Puerto Rico, les Portoricains ne peuvent pas voter aux Ă©lections prĂ©sidentielles amĂ©ricaines, mais ils peuvent voter aux primaires. Les Portoricains qui deviennent rĂ©sidents d’un État des États-Unis peuvent voter aux Ă©lections prĂ©sidentielles.

Puerto Rico est l’hĂ´te des consulats de 41 pays, principalement des AmĂ©riques et d’Europe. La plupart des consulats sont situĂ©s Ă  San Juan, fondĂ©e en 1521. En tant que territoire non incorporĂ© des États-Unis, Puerto Rico n’a pas de divisions administratives comme dĂ©finies par le gouvernement des États-Unis, mais dispose de 78 municipalitĂ©s au deuxième niveau. Au 16ème siècle, deux municipalitĂ©s furent Ă©tablies, San Germán (1570) et Coamo (1579). Trois autres ont Ă©tĂ© crĂ©Ă©s au 17ème siècle. Il s’agissait d’Arecibo (1614), Aguada (1692) et Ponce (1692).

Les municipalités sont divisées en barrios. Chaque municipalité a un maire et un conseil municipal élus pour un mandat de quatre ans.

La nature de la relation politique de Puerto Rico avec les États-Unis fait l’objet d’un dĂ©bat Ă  Puerto Rico, au Congrès amĂ©ricain et Ă  l’ONU. Plus prĂ©cisĂ©ment, la question fondamentale est toujours de savoir si Puerto Rico doit rester un territoire des États-Unis, devenir un État des États-Unis, ou devenir un pays indĂ©pendant. La langue anglaise qui a Ă©tĂ© aboli est maintenant reconnue, mais la langue espagnole est la langue officielle du pays et est pârlĂ©e par 98% des portoricains. L’hymne national est La Borinquena.

La religion catholique y est fermement implantée puisque 85% des portoricains sont catholiques.

En 2007, l’armée américaine ferma sa base sur l’ile de Vieques.

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