au 27 septembre 2003


Ce dialogue engendre des discussions sur les candidats au congrès du parti démocrate américain en vue des élections présidentielles: Clark, Kerry, Gephart, Dean, Lieberman,

Au 27 septembre 2003

Mansour: Je crois que l’apparition de Wesley Clark dans la course Ă  la prĂ©sidence sera d’une très grande utilitĂ© pour ce pays, qui a besoin de se poser clairement certaines questions importantes pour son avenir en tant que nation dominante dans ce monde d’aujourd’hui. J’ai Ă©coutĂ© aujourd’hui sa dĂ©claration officielle de son intention de briguer la prĂ©sidence amĂ©ricaine. Contrairement Ă  tous les autres prĂ©tendants dĂ©mocrates qui ont la mĂŞme position nationale, Clark a clairement dĂ©fini les objectifs stratĂ©giques que sa nation devrait poursuivre. J’ai trouvĂ© que sa première sortie mĂ©diatique a Ă©tĂ© mĂŞme meilleure que celle de Clinton.

Claude: Je suis en accord avec toi. Il est très impressionnant comme candidat et il a un bon CV. Je ne le connais pas beaucoup mais ce que j’ai vu aujourd’hui me fait dire que les démocrates ont trouvé un bon candidat présidentiel. Mais sera-t-il capable de faire une campagne pour se faire choisir ? La guerre électorale n’est pas la guerre militaire. On verra si Clark peut s’adapter. Je crains qu’il manque d’expérience de ce côté là et qu’il n’ait pas la couenne assez épaisse.

Mansour: Après plus de 38 ans dans l’armĂ©e amĂ©ricaine, Clark, a dĂ©montrĂ© clairement qu’il sera très difficile debattre dans un dĂ©bat public, aussi bien les neuf autres candidats dĂ©mocrates que mĂŞme Bush si jamais il arrive Ă  avoir la nomination dĂ©mocrate. Je n’ai jamais entendu un homme politique amĂ©ricain aussi intelligent que cet individu. Il a la rĂ©partie très facile, mĂŞme quand il doit rĂ©pondre Ă  des questions très embarrassantes politiquement. «He is very quick on his feet as we say in America ». Ce qui m’impressionne avec cet individu c’est qu’il considère son aventure politique comme une campagne militaire. DĂ©jĂ , il a rĂ©ussi Ă  mobiliser les meilleurs conseillers politiques et Ă©conomiques qui avaient construit la rĂ©ussite de la prĂ©sidence de Clinton.

Claude: Je vois que tu l’admires beaucoup. Il est vite et répond bien à ce jour, mais est-il un animal politique ?

Mansour: Et tout comme une campagne militaire, il a dĂ©jĂ  programmĂ© un discours important concernant l’avenir Ă©conomique des USA la semaine prochaine, ensuite il fera un discours important concernant tous les problèmes relatifs aux problèmes de la sĂ©curitĂ© de ce pays. Si beaucoup des neuf autres candidats dĂ©mocrates sont capables de prĂ©senter des programmes pour remettre l’Ă©conomie de ce pays sur la voie de la croissance de la crĂ©ation des emplois en particulier, je ne pense pas qu’il y a aujourd’hui un seul dĂ©mocrate capable de prĂ©senter une politique de dĂ©fense de la sĂ©curitĂ© de cette nation de la mĂŞme manière que Clark. Il a vraiment un monopole dans ce domaine du moins dans le clan des dĂ©mocrates.

Claude: Tu sembles oublier le candidat démocrate Kerry qui a eu une belle carrière militaire et qui est sénateur depuis longtemps. Lui aussi à des choses à dire en rapport avec l’économie et la sécurité des USA.

Mansour: Clark avait dĂ©noncĂ© la guerre contre Saddam dès le dĂ©part pour des raisons qui se sont avĂ©rĂ©es vraies. De plus, aujourd’hui il reconnaĂ®t sincèrement que l’AmĂ©rique doitgĂ©rer la situation en Irak sans revenir sur les conditions initiales de ce problème. Il continue Ă  croire que l’AmĂ©rique ne peut pas ramasser ses affaires et quitter ce pays. Mais il insiste que la solution en Irak doit ĂŞtre une solution internationale et pas amĂ©ricaine. Mieux encore, il veut utiliser cette crise irakienne pour enfin reconstruire le respect des USA Ă  travers le reste du monde.

Claude: Je me rappelle en effet sa sortie au début de la guerre pour dénoncer ti-Bush. Il a été un des rares haut-gradés de l’armée américaine à le faire. Il a aussi servi dans le passé comme commandeur à l’OTAN et connaît par conséquent les dirigeants de tous les pays-membres de ce groupe. Cela lui donnerait une bonne entrée si jamais il devenait le président américain. Mais il ne faut jamais oublier les dirigeants du complexe militaro-industriel américain qui ont un gros mot à dire dans les décisions du président. Je crois que c’est un des groupes, dans l’ombre, qui a amené ti-Bush à faire la guerre et je ne vois pas qu’il laissera le chemin ouvert pour que Clark accède au plus haut poste de la nation. Cela n’irait pas à leur avantage.

Mansour: Pour l’instant Clark a tout pour rĂ©ussir son pari, mais sa victoire est très loin d’ĂŞtre assurĂ©e. Tout d’abord au sein du parti dĂ©mocrate, il doit rĂ©pondre Ă  des milliers de questions concernant la vie politique interne de ce pays. Ensuite je pense qu’il aura des difficultĂ©s Ă  s’assurer l’appui des amĂ©ricains pro-israĂ©liens tout en gardant une libertĂ© de manoeuvre au Moyen-orient, oĂą l’Irak devient de plus en plus un problème panarabe.

Claude: Oui, sa victoire n’est pad acquise et c’est durant les primaires que l’on verra de quoi il est fait. «The road is rough ahead».

Mansour: Je ne cache pas que je suis sympathiquement plus favorable Ă  Howard Dean qu’Ă  Clark, Ă  ce jour. Mais je reconnais que Dean aura beaucoup plus de difficultĂ©s que Clark Ă  battre Bush aux prochaines Ă©lections. Et comme tu es un vieux routier de la politique je crois que tu comprendras aujourd’hui mes angoisses. Mon coeur est certainement avec Howard Dean mais ma tĂŞte me dit qu’il faut supporter Clark. Et comme je suis encore un enfant de Jules Ferry, je ne peux que supporter la dĂ©cision de ma tĂŞte, malgrĂ© toutes les aigreurs que cette dĂ©cision vont engendrer. Comme tu vois je ne suis pas toujours obligĂ© de suivre ma conscience.

Claude: Plus je te lis plus je pense que nous sommes pareils. Moi aussi mon cœur l’emporte souvent sur ma tête. Surtout en politique. Je n’aime pas l’aspect calculateur qu’exige la politique car j’aime me donner pleinement avec enthousiasme pour cette cause et pour ce faire seul mon cœur me motive. Mais il a des moments où il faut quand même juger d’une situation dans l’intérêt général mais je les veux le plus espacés possible. On dit de moi que je manque de jugement quelques fois en politique. Je suis d’accord avec cela (je dirais souvent même) et je ne m’en fais pas trop. Je suis actif en politique pour le plaisir et non par intérêts. Je ne vois pas un cadeau (ou de contrats éventuels) au bout du chemin mais seulement de bons résultats politiques. Il me semble que sans plaisir la politique devient moins importante pour un organisateur.

Mansour: Je te remercie de m’avoir envoyĂ© par email l’article «The first unelected president of the US discusses foreign policy… ». Tu ne pouvais trouver un article aussi prĂ©cis pour dĂ©crire toutes mes difficultĂ©s avec la politique internationale des USA. Finalement, je crois aujourd’hui tout comme j’ai toujours cru dans le passĂ© que la politique Ă©trangère amĂ©ricaine est dictĂ©e toujours par les intĂ©rĂŞts Ă©conomiques des multinationales amĂ©ricaines, Ă  la seule exception d’IsraĂ«l.

Claude: Oui, et comme je te disais tantôt, il faut compter parmi ces intérêts économiques ceux du complexe militaro-industriel américain.

Mansour: Avant mĂŞme la première guerre contre l’Irak, il ne faisait pas de doute que l’Iran Ă©tait bien plus dangereux que l’Irak pour les intĂ©rĂŞts aussi bien d’IsraĂ«l que des multinationales amĂ©ricaines au Moyen-orient. Mais tout comme la comparaison entre la Chine communiste et Cuba, notre ami Bush a très rapidement reconnu qu’il n’Ă©tait pas dans son intĂ©rĂŞt politique de montrer son courage contre un pays comme l’Iran ou la Chine. Alors, il a choisi de s’attaquer Ă  des ennemis qu’il a crĂ©es dans l’esprit des AmĂ©ricains, tout simplement pour dĂ©montrer aux Ă©lecteurs amĂ©ricains, tout d’abord qu’ils sont en danger de mort immĂ©diate, ensuite, qu’une expĂ©dition militaire en Irak, n’allait rien coĂ»ter au peuple amĂ©ricain.

Claude: Cela me fait penser au film américain, je crois que c’est «Colours» dans lequel le personnel politique d’un président américain inventait de toute pièce une guerre contre un pays arabe afin que la popularité de leur président monte dans les sondages en vue de sa réélection.

Mansour: Maintenant pour divertir l’opinion publique amĂ©ricaine de sa dĂ©bâcle irakienne, notre cher ami Bush trouve l’audace de tourner l’attention de ce public sur un nouveau tyran et terroriste international, le chef de la rĂ©sistance palestienne depuis au moins 1967. Comme tu le sais très bien, je ne suis certainement pas très intĂ©ressĂ© par la vie politique de Yasser Arafat, qui a toujours Ă©tĂ© un instrument des services secrets amĂ©ricains. Il ne faut pas oublier que cet individu a fait des millions de dollars durant toute sa carrière politique, dans des affaires bien floues. Et que ce mĂŞme triste individu a tous ses avoirs dĂ©posĂ©s dans les banques israĂ©liennes europĂ©ennes ou amĂ©ricaines. Peut-ĂŞtre que demain, nous allons apprendre que notre cher prĂ©sident des USA a dĂ©cidĂ© de confisquer tous les avoirs de ce fameux chef terroriste international !!!! Mais comment ce fait-il qu’après plusieurs prĂ©sidents amĂ©ricains qui ont nĂ©gociĂ© dans le passĂ© avec ce mĂŞme individu en tant que reprĂ©sentant incontournable du peuple palestinien, notre cher ami Bush demande aujourd’hui Ă  la rĂ©sistance palestienne de mettre un trait sur son passĂ© et d’humilier le dirigeant qu’elle a toujours acceptĂ© Ă  ce jour.

Claude: Tout ce qui arrive est de plus en plus surprenant. Je ne vois qu’une raison à tout cela, c’est que Sharon contrôle le faible ti-Bush. Ce que veut Sharon, ti-Bush accepte. C’est incroyable que le chef incontesté des Palestiniens, nonobstant sa richesse qu’il a ramassée depuis qu’il est à la tête de ce pays (c’est un autre problème qu’il faudra discuter un jour ensemble), soit mis de côté parce que Sharon ne l’aime pas et l’a toujours haï. C’est le chef d’un autre pays qui décide que le chef d’un pays voisin n’est pas convenable pour lui et doit être changé. C’est comme si ti-Bush disait que dorénavant il ne négocie plus avec le PM Canadien, Jean Chrétien et demande aux Canadiens d’en nommer un autre.

Mansour: A mon avis, je crois plutĂ´t que c’est le gouvernement de Cheney, Rumsfeld, et Wolfowitz, le vice-ministre de la dĂ©fense, qui ont rĂ©alisĂ© que ce gouvernement ne peut plus continuer Ă  rester au pouvoir en Palestine sans crĂ©er un nouvel ennemi Ă  l’image de Saddam Hussein. Et ils ont, bien entendu, choisi la meilleure victime pour leur nouveau complot, Ă  savoir Yasser Arafat. BientĂ´t nous allons revivre toutes les atrocitĂ©s commises par la rĂ©sistance palestinienne Ă  commencer par le tragique Ă©vĂ©nement des Jeux Olympiques de Munich de 1972, je crois. Mais ce qui est tragique dans toute cette histoire, c’est que le public amĂ©ricain sera une fois de plus dupĂ© entièrement par la propagande de la Maison Blanche, d’autant plus qu’elle sera bien supportĂ©e par les «mass medias». de New York bien contrĂ´lĂ©s par les intĂ©rĂŞts juifs.

Claude: Je suis surpris de ton analyse mais tu as peut-ĂŞtre raison. On verra.

Mansour: L’exemple du cauchemar politique que le pauvre Howard Dean a vĂ©cu durant cette dernière semaine, tout simplement parce qu’il a rĂ©pondu Ă  une question posĂ©e par le reprĂ©sentant ultime des intĂ©rĂŞts d’IsraĂ«l aux USA, Ă  savoir le sĂ©nateur Joe Lieberman, est choquant. Le pauvre Dean a dit que les USA devaient avoir une politique Ă©quilibrĂ©e entre les intĂ©rĂŞts d’IsraĂ«l et ceux des Palestiniens. Et Lieberman lui a sautĂ© au cou en l’accusant immĂ©diatement d’avoir abandonnĂ© la politique amĂ©ricaine d’appui inconditionnel Ă  IsraĂ«l depuis plus de 50 ans. Et depuis de dĂ©bat tĂ©lĂ©visĂ©, le pauvre Howard Dean a Ă©tĂ© mis au pilori sur toutes les positions politiques qu’il avait dĂ©jĂ  annoncĂ©es et que la presse amĂ©ricaine, dans le passĂ©, n’avait pas trouvĂ©es anormales. Je te cite la dĂ©bâcle mĂ©diatique de Howard Dean de cette dernière semaine pour essayer de donner un semblant de raison aux dernières initiatives du rĂ©gime de Bush pour sortir du pĂ©trin irakien dans lequel il se trouve aujourd’hui.

Claude: J’ai vu cela et j’ai été surpris de la raison invoquée par Lieberman. Il dit que c’est la politique des USA depuis 50 ans de supporter Israël. Je crois que c’est vrai mais certainement pas au détriment des Palestiniens et de leur cause. Les présidents Carter et Clinton, entre autres, ont démontré l’équilibre que propose de donner Dean à sa politique envers ces deux nations. Il me semble que ce n’est que le gros bon sens. Un pays n’a pas à prendre parti dans un conflit entre deux autres nations à moins d’être directement concerné ou que c’est un danger pour l’humanité. Dans le cas qui nous concerne, les USA doivent traiter les deux côtés également. Ainsi, les USA pourront un jour être l’intermédiaire capable de régler justement et définitivement le conflit.

Mansour: Ce qui m’Ă©tonne aujourd’hui, c’est que j’ai de plus en plus l’impression qu’aussi bien Bush que Sharon, prĂ©fèrent nĂ©gocier avec les dirigeants du Hamas ou des autres mouvements palestiniens de tendance islamistes fondamentalistes qu’avec les structures politiques palestiniennes, qui sont après tout contre ces mouvements basĂ©s sur l’Islam et le djihad.

Claude: Je serais surpris que Sharon veuille négocier avec les Hamas. Ils sont trop coriaces pour son goût. Il espère trouver un homme plus conciliant pour remplacer Arafat.

Mansour: Ce qui est très ironique dans un sens je pense, c’est que malgrĂ© les petites victoires Ă  court terme de la puissance amĂ©ricaine dans cette rĂ©gion du Moyen-orient, je crois dur comme fer, qu’un jour ou l’autre, cette AmĂ©rique arrogante sortira de cette rĂ©gion avec la queue entre les pattes, Ă  cause justement des soi-disant principes universels qu’elle veut promouvoir dans cette rĂ©gion. Il arrivera un jour oĂą tous les peuples de cette rĂ©gion se rendront compte de leurs intĂ©rĂŞts particuliers qui ne sont pas dĂ©fendus par la prĂ©sence politico-militaire des USA. Ce jour lĂ , je suis persuadĂ© qu’aucune force militaire au monde ne sera capable de s’opposer aux revendications rĂ©elles de ces peuples. Quoi que fasse l’AmĂ©rique, je crois que dans dix ou mĂŞme vingt ans, l’Iran deviendra un membre du club atomique de ce monde. Ce pays a dĂ©jĂ  une population de plus 70 millions d’habitants aujourd’hui.

Claude: L’Iran est un grand pays dĂ©mocratique nonobstant ce que pensent ou disent les AmĂ©ricains. N’a-t-il pas Ă©lu dĂ©mocratiquement un gouvernement qui s’oppose aux enseignements de Khomeiny ? Nonobstant ce fait, les USA nous font croire qu’il s’agit lĂ  d’un gouvernement ennemi. Que l’Iran soit membre un jour du club atomique ne serait que normal. Mais avec la prĂ©sence d’IsraĂ«l qui n’est pas loin, je doute qu’il puisse y adhĂ©rer car les IsraĂ©lites ne voudront pas d’un voisin arabe avec des possibilitĂ©s atomiques.

Mansour: De son cĂ´tĂ©, l’Égypte ne pourra rester dormante Ă  jamais. C’est un pays qui a des potentialitĂ©s scientifiques bien supĂ©rieures Ă  cellesde l’Irak certainement et un peuple de plus de 60 millions d’habitants bien misĂ©rables. Ne parlons pas de la capacitĂ© aussi bien scientifique que militaire d’un pays comme la Turquie, qui est dĂ©jĂ  sous un gouvernement islamiste. En tant qu’Ă©conomiste, je me demande comment les USA se sont engagĂ©s militairement dans une rĂ©gion qui leur appartenait en premier lieu. La seule ressource importante dans cette rĂ©gion est bien entendu le pĂ©trole et le gaz. Mais les USA ont dĂ©jĂ  pratiquement le monopole sur ses ressources. Entre le contrĂ´le politique des pays comme l’Arabie saoudite, le KoweĂŻt, le YĂ©men, les Émirat arabes et l’Égypte, les USA ont pratiquement tous les atouts pour dĂ©finir la politique Ă©nergĂ©tique mondiale. Ne parlons pas du fait que des ressources Ă©nergĂ©tiques de l’AlgĂ©rie, du Nigeria et des autres pays africains sont dans les mĂŞmes conditions que celles du Moyen-orient.

Claude: Oui, il est surprenant que les Américains brassent la cage dans une région qu’ils contrôlent bien. Qu’est-ce qui peut bien les motiver à prendre de tels risques ? Je ne vois comme réponse que la pression qui vient d’Israël. Ils se voient obligés, pour fins électorales chez eux, de créer des problèmes là où ils en n’ont pas. Cela est ridicule et démontre bien la force d’Israël et de son lobby américain.

Mansour: Militairement l’Irak a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© entièrement dĂ©moli après la première guerre du golf. Et si les intĂ©rĂŞts pĂ©troliers amĂ©ricains ne sont pas en danger dans toute cette rĂ©gion, qu’est ce qui est en danger pour cette grande nation Ă  l’heure actuelle ? GĂ©opolitiquement, je t’assure que c’est trois fois rien. Tous les rĂ©gimes politiques de cette rĂ©gion sont antidĂ©mocratiques Ă  la solde de l’oncle Tom. MĂŞme le royaume du Maroc, qui pourtant n’a pas de ressources Ă©nergĂ©tiques et vit toujours au Moyen-âge n’a aucune intention antiamĂ©ricaine. Et pourtant la politique pro-israĂ©lienne, comme jamais dĂ©montrĂ©e dans le passĂ© de ce gouvernement, et la prĂ©sence militaire amĂ©ricaine dans cette rĂ©gion arabo-musulmane ne peuvent que renforcer les mouvements islamistes de tout bord.

Claude: Tu confirmes ce que je pense. Les USA contrôlent déjà l’ensemble de l’Arabie et semblent vouloir mettre en péril inutilement ce contrôle pour des raisons qui ne sont justifiables qu’électoralement chez eux. C’est d’un ridicule consommé.

Mansour: Tu sais que je dĂ©blatère constamment dans nos discussions. Mais je ne peux pas arrĂŞter mon « stream of thougnt » quand je rĂ©dige. J’espèreque tu auras la patience de remettre toutes mes pensĂ©es dans l’ordre. Je suis tellement déçu de ce gouvernement amĂ©ricain que j’ai vraiment envie de crier: «enough is enough».

Claude: Ne t’inquiète pas, Ce qui compte ce sont les idées. Le reste n’est pas important. À ce jour je n’ai pas eu de problème.

Mansour: Le temps passe rapidement et aujourd’hui je suis totalement Ă©tonnĂ© par la rapiditĂ© avec laquelle le gĂ©nĂ©ral Clark est passĂ© en moins d’une semaine, d’un non-candidat, Ă  la tĂŞte du peloton des dĂ©mocrates qui briguent la candidature aux prĂ©sidentielles prochaines. Je ne suis pas Ă©tonnĂ© par la rĂ©action immĂ©diate de tout l’appareil de l’extrĂŞme droite rĂ©publicaine pour commencer Ă  dĂ©truire la personnalitĂ© mĂŞme de ce nouveau candidat. Le public amĂ©ricain, d’une manière gĂ©nĂ©rale, est amoureux de l’image d’un hĂ©ros. C’est pour cela que les acteurs, mĂŞme de second ordre comme Reagan, ou Schwarzenegger, ont rĂ©ussi Ă  se propulser immĂ©diatement Ă  la tĂŞte de l’Ă©lite politique du parti rĂ©publicain. Et Clark avec son passĂ© en tant que gĂ©nĂ©ral et ancien blessĂ© de la guerre du Vietnam devient une cĂ©lĂ©britĂ© instantanĂ©e, pour un peuple amĂ©ricain tragiquement inculte politiquement. Mais malgrĂ© son manque de pratique politique, il ne fait pas de doute que Clark est certainement bien mieux prĂ©parĂ© Ă  prendre le leadership de ce pays que le pauvre Bush, qui une fois de plus s’est vraiment humiliĂ© avec son discours aux Nations Unies. MĂŞme le prĂ©sident du PĂ©rou a eu une meilleure prĂ©sentation que le chef de la plus grande puissance du monde d’aujourd’hui. Je me demande qui lui Ă©crit ses discours. De plus, il ne fait aucun doute que Clark est extrĂŞmement intelligent. MĂŞme quand il lui arrive de faire un faux pas devant la presse amĂ©ricaine, il trouve toujours une façon de s’en sortir. «He is quick on his feet» comme on dit en anglais. Tout en sortant du nĂ©ant, Clark a tout de mĂŞme rĂ©ussi Ă  devenir le premier candidat dĂ©mocratique qui peut battre Bush dans les sondages et cela après moins d’une semaine de campagne Ă©lectorale.

Claude: Oui Clark est surprenant et vif. Il sait réagir et devient rapidement un politicien. J’espère qu’il saura se rendre au bout du périple. J’ai écouté ti-Bush aux Nations Unies via ma télé. J’en étais gêné pour les Américains. Je ne les comprends pas de ne pas voir la faiblesse intellectuelle évidente de cet homme et son manque de prestance sur la scène mondiale. Il était peut-être bon au poste de gouverneur du Texas, mais il a atteint son degré d’incompétence au niveau national. Quelle horreur !

Mansour: Je ne peux pas prouver scientifiquement que la rentrĂ©e de Clark dans l’arène politique a Ă©tĂ© en grande partie responsable de la chute dramatique de la popularitĂ© de Bush. Il y a Ă  peine deux semaines, plus de 60 % du public amĂ©ricain Ă©tait d’accord avec la dĂ©cision de Bush de faire la guerre en Irak, aujourd’hui moins de 50% reste favorable Ă  cette dĂ©cision. Il est vrai que le coup de cette opĂ©ration suicidaire, aussi bien en vies humaines que financière commence Ă  faire changer l’opinion publique amĂ©ricaine. Mais je crois que l’apparition d’un dĂ©mocrate, capable de tenir tĂŞte aux rĂ©publicains, sur le domaine de la dĂ©fense, combinĂ©e avec les autres Ă©lĂ©ments nĂ©gatifs ont fait pĂ©ricliter la popularitĂ© de Bush. Et si cette tendance continue encore sur plusieurs mois, je me demande mĂŞme si certains rĂ©publicains ne commenceront pas Ă  rĂ©flĂ©chir sĂ©rieusement Ă  prĂ©senter un autre candidat que Bush.

Claude: Il est certain que ce que dit Clark est écouté et a un effet momentané. Durera-t-il est la question ? Un coup de vent est vite passé.

Mansour: En tous les cas, je commence Ă  croire sĂ©rieusement que Clark, s’il arrive Ă  avoir l’investiture de son parti, aura de grandes chances de gagner les prochaines Ă©lections prĂ©sidentielles. Il est extrĂŞmement photogĂ©nique et bien plus intelligent que Bush. Il passe très bien Ă  la tĂ©lĂ©, ce qui n’Ă©tait pas le cas avec le pauvre Gore. Mais il a beaucoup de montagnes Ă  escalader avant d’avoir la candidature dĂ©mocrate. Tout d’abord, je me demande combien il va rattraper tout le temps perdu dans ses efforts de mobilisation de son trĂ©sor de guerre. Howard Dean a dĂ©jĂ  mobilisĂ© plus de 20 millions $. Ensuite, je me demande comment il pourra entrer en compĂ©tition avec les autres candidats dĂ©mocrates dans le domaine Ă©conomique et social. Sera-t-il capable de prĂ©senter des programmes de relance aussi dĂ©taillĂ©s que ceux dĂ©jĂ  prĂ©sentĂ©s par ses adversaires dĂ©mocrate ? Il aura besoin de toute l’Ă©quipe Ă©conomique de Clinton pour dĂ©finir un programme sĂ©rieux très rapidement. De plus, il devra absorber tous les dĂ©tails du programme de relance que ses experts doivent lui prĂ©parer très rapidement. Mais les dĂ©bats vont commencer demain, et je me demande comment il va s’en sortir. Ses adversaires sont tous des dĂ©mocrates rompus aux batailles Ă©conomiques et sociales avec les rĂ©publicains, pour des annĂ©es sinon des dĂ©cennies. Pourra-t-il contenir les attaques de John Kerry, de Lieberman, ou mieux encore de Gephardt dans ce domaine. Ces autres candidats dĂ©mocrates vont tester Clark non seulement dans la sphère Ă©conomique, mais aussi dans les domaines aussi divers que l’assurance maladie, la survie Ă  long terme du système de sĂ©curitĂ© sociale, l’environnement, le droit des homosexuels dans la sociĂ©tĂ©, le rĂ´le du système judiciaire dans la dĂ©fense des droits de tous les citoyens (y compris «the affirmative action» et les quotas). Et si jamais il fait un faux pas quelconque dans ses conversations avec la presse et surtout durant les dĂ©bats, je te garantis que la presse amĂ©ricaine ira directement vers sa veine jugulaire. Il ne faut jamais oublier que le rĂ´le de la presse amĂ©ricaine c’est tout d’abord de crĂ©er des hĂ©ros, ensuite de tout faire pour les dĂ©truire par tous les moyens possibles et imaginables.

Claude: Tu exprimes bien les problèmes qui attendent Clark. Je t’en avais parlé précédemment. La guerre électorale n’est pas la guerre militaire. Clark devra réussir à traverser cette étape importante des débats où il sera pour la première fois devant les des caméras face à des adversaires coriaces qui sont bien calés dans la politique intérieure du pays et les moyens pour désarçonner quiconque s’oppose à eux. S’il traverse cette étape «he is in».

Mansour: VoilĂ  les dangers que le gĂ©nĂ©ral Clark doit d’une manière ou d’une autre surmonter avant d’avoir l’occasion de confronter Bush pour la prĂ©sidence de ce pays. Pour le moment, je t’assure que je n’ai aucune idĂ©e des chances qu’il a de s’assurer l’investiture du parti dĂ©mocrate, qui dans le passĂ© a toujours choisi le mauvais cheval (Gore, McGovern,ou Mondale).

Claude: Je dois te dire que je ne suis pas confiant qu’il réussisse. Ce n’est pas facile de faire face à des politiciens rompus dans des débats où les échanges politiques sont vifs. De plus, je ne suis pas en accord avec toi que Gore ait été un mauvais candidat. Il a obtenu 700,000 votes de plus que Bush à l’élection générale. N’eut été de la formule du collège électoral, il serait le président des USA. À mon avis, il a bien fait et a gagné la majorité des votes. Le hasard a voulu que le partage de ces votes ne le favorise pas au niveau du collège électoral. De plus, après l’imbroglio de la Floride, c’est finalement la Cour Suprême américaine avec les juges nommés par le parti républicain qui a décidé du résultat en choisissant ti-Bush, un républicain, pour être le président. C’est, d’après-moi, un vrai scandale.

Mansour: A mon avis, les candidats dĂ©mocrates les plus intĂ©ressants pour moi sont tout d’abord Howard Dean (mais il aura des difficultĂ©s Ă  se prĂ©senter comme chef des forces militaires de ce pays et surtout il aura des difficultĂ©s Ă  communiquer avec les minoritĂ©s noires et hispaniques qui sont très importantes pour les dĂ©mocrates). Je crois sincèrement qu’il est le candidat le plus sincère dans ces convictions politiques. Ensuite, nous avons John Kerry. Cet individu a tout pour ĂŞtre un grand prĂ©sident, mais je ne sais pas pourquoi je ne lui fait pas confiance. VoilĂ , quelqu’un qui a Ă©tĂ© après tout un militant contre la guerredu Vietnam et en est devenu un hĂ©ros, et qui quelques dĂ©cennies après a votĂ© sans remords pour autoriser Ă  crĂ©er un autre Vietnam pour les jeunes amĂ©ricains qui se font canarder tous les jours en Irak. De plus, il est trop proche notamment de l’industrie pharmaceutique des USA.

Claude: Je te trouve très dur envers Kerry. Il a un bon profil, a été à mon avis un bon sénateur et un héros de guerre qui au retour du Vietnam a dénoncé cette guerre publiquement. Pour ce faire, il a démontré beaucoup de courage et d’honnêteté car il venait d’être décoré des plus hauts honneurs. D’une certaine façon, il me fait penser à John F, Kennedy. Ne me demande pas pourquoi, car je ne le sais pas. Mais le «feeling» que je ressens est semblable à celui que JFK générait chez moi.

Mansour: Quant Ă  Gephart, je t’avoue que je n’arrive pas Ă  le dĂ©finir. Tout ce que je sais, c’est qu’il a bâti toute sa carrière politique sur le dos des syndicats amĂ©ricains. Il ne faut pas oublier que cet individu a Ă©tĂ© un ennemi acharnĂ© du traitĂ© du libre-Ă©change NAFTA. Si jamais il est choisi par les dĂ©mocrates pour les reprĂ©senter aux prochaines Ă©lections prĂ©sidentielles, nous n’aurons qu’un Ă©cho constant de toutes les revendications de l’AFL-CIO. Et je ne crois pas que ce sera dans l’intĂ©rĂŞt Ă  long terme de cette nation. La mondialisation est lĂ  pour toujours. Quelques soient les dĂ©cisions des USA Ă  court terme, je ne pense pas que le reste du monde retournera de sitĂ´t aux systèmes protectionnistes des siècles derniers. Quant Ă  Lieberman, il n’est ni d’ici ni d’ailleurs. Tout ce qu’il dĂ©fend en fin de compte, c’est tout d’abord la dĂ©fense de la politique d’IsraĂ«l dans son conflit avec les Palestiniens et surtout du système bancaire en gĂ©nĂ©ral aux USA. Je crois que la base dĂ©mocratique le rejettera très rapidement. Il parait qu’il a toutes les difficultĂ©s Ă  mobiliser des fonds, malgrĂ© le fait qu’il se porte comme le dĂ©fenseur d’IsraĂ«l par excellence. Il faut croire que la juiverie amĂ©ricaine est bien plus intelligente que ses leaders politiques.

Claude: Gephart et Lieberman sont des candidats à un message. Ils ne sont pas sérieux et ne dureront pas dans cette bataille à neuf candidats. Et je dis cela malgré que j’aime Gephart. Je ne suis pas surpris que les riches juifs américains ne supportent pas Lieberman. Eux comme les autres, aiment les gagnants. D’ailleurs, je n’ai jamais compris pourquoi Gore avait choisi Lieberman comme son colistier. À mon avis, Lieberman est un homme qui manque de sincérité et qui ne parle que pour parler. Il est vide de bons sentiments. Je ne le crois pas honnête intellectuellement.

Ă€ la prochaine.