au 4 août 2003


Ce dialogue traite du favoritisme du président Bush pour Sharon au détriment des Palestiniens ainsi que du gouvernement fantoche que les USA tentent d’installer en Irak.

Au 4 août 2003

Mansour: Depuis notre dernier dialogue, ma convalescence se poursuit avec plus ou moins d’espoir, dépendant des moments du jour ou de la nuit. Il y a des moments où je pense que je suis enfin sorti de l’auberge comme on dit. Je me sens en forme et mes douleurs sont à peine ressenties. Mais subitement la réalité me rappelle à l’ordre et les douleurs deviennent à peine supportables. Je sais que je dois encore supporter cette convalescence pendant au moins 6 semaines après l’opération. Enfin c’est la vie, et il faut la supporter d’une manière ou d’une autre.

Claude: Je te comprends bien et je te souhaite la meilleure chance possible.

Mansour: De toute façon, cette phase ne peut être que passagère après tout. Mais passons aux choses qui dépassent nos « propres mois ». Après la visite du premier ministre palestinien à Washington et les déclarations de Bush à la conférence de presse concluant cette visite, je pensais sincèrement que l’administration américaine avait enfin pris un grand tournant dans sa position vis-à-vis d’Israël et du monde arabe.

Claude: Tu rêvais en couleurs. N’oublies jamais que ti-Bush ne fait que penser aux prochaines élections présidentielles et qu’il veut absolument le vote juif. Alors il ne fera rien pour perdre les acquis qu’il a gagnés en prenant parti pour les Israélites. C’est une bête électorale et il sait comment gagner.

Mansour: Tu as raison car ce rêve n’a enfin duré que quelques jours. Avec la visite de Sharon cette semaine, nous voyons une fois de plus que Washington ne fait qu’essayer de gagner du temps pour régler ses propres problèmes au Moyen-orient en général et en particulier en Irak. Ti-Bush n’a en réalité aucune intention de s’occuper sérieusement du problème des Palestiniens.

Claude: A mon humble avis, le règlement de ces problèmes ne pèse pas lourd dans la balance, Ce sont les élections qui comptent. Point. Rien d’autre. Il veut gagner NY, la Floride, la Californie, la Pennsylvanie, le New Jersey et d’autres où le vote juif peut faire la différence dont il a besoin.

Mansour: Bien que l’état d’Israël ne dépende que du support politique, militaire et économique des USA, Sharon a eu l’arrogance de dire à Bush, à Washington même qu’il n’avait aucune intention d’arrêter la construction du mur de la honte en Cisjordanie et qu’il n’avait en fait aucune intention de réduire son emprise sur la vie quotidienne des palestiniens.

Claude: Sharon plus que d’autres comprend bien les priorités de ti-Bush et il en profite. Il connaît son point faible et l’utilise dans sa stratégie. Le président ne peut rien faire.

Mansour: Il n’y a pas de doute que l’administration américaine d’aujourd’hui est très consciente du danger terroriste islamique global, mais ce que je n’arrive pas à comprendre est cet aveuglement américain vis-à-vis de l’origine même de ce mal, à savoir le sort du peuple palestinien. Tant que ce peuple est vu comme opprimé par Israël avec l’appui inconditionnel des USA, ceux-ci auront toujours à faire face à de nouvelles formes de terrorismes jusqu’au jour où les Palestiniens accepteront de bon gré une solution à leur conflit avec Israël. Les USA peuvent certainement diviser les nations arabes concernéespar ce conflit, mais ils ne pourront jamais diviser l’opinion arabe du golf persique à l’Atlantique.

Claude: Ti-Bush se fout de l’opinion arabe du golf. La seule opinion qui compte pour lui est celle des électeurs américains. Alors il joue pour gagner cela au détriment de la justice internationale et du bon sens. Ce que ses propagandistes peuvent répandre aux USA et que les électeurs peuvent gober est ce qu’il veut.

Mansour: Tu penseras certainement que je suis cynique, mais je te garantis que la solution du problème palestinien ne verra jamais le jour tant que les USA et Israël refuseront de reconnaître les véritables porte-parole de ce peuple. Et à ce jour, ceux-ci ne peuvent être que le Hamas et leDjihad islamique.

Claude: Je suis en accord avec toi et ti-Bush ne fait rien pour favoriser des discussions entre les vrais porte-parole des Palestiniens avec les Israélites.

Mansour: L’actuel premier ministre palestinien me rappelle beaucoup le président du gouvernement provisoire Algérien durant la guerre de libération algérienne. Ferhat Abbas était un excellent partenaire pour négocier une solution pacifique à la guerre d’Algérie, mais même De Gaulle pensait pouvoir tirer encore plus d’une négociation avec une « troisième force » qu’il essayait de créer de toute pièce en Algérie. En fin de compte, De Gaulle a été obligé de négocier non pas avec des modérés comme Ferhat Abbas mais avec les durs et purs du FLN (à commencer par le colonel Boumediene).

Claude: C’était le bon sens, mais malheureusement il ne semble pas primer souvent dans de telles situations. Où est le réalisme politique honnête quand on en a besoin ?

Mansour: Le gouvernement fantoche irakien a été enfin dévoilé cette semaine avec la fameuse soi-disant élection du corps de leaders de la nouvelle administration irakienne. Et, comme par hasard tous les soi-disant leaders de l’opposition au régime d’Hussein qui ont émergé comme de supposés leaders nationaux sont les personnages déjà choisis par le pentagone depuis des mois déjà.

Claude: C’est une farce que les Irakiens comprennent bien et attendent le départ des américains pour faire la part des choses.

Mansour: Cela me rappelle aussi une phase de l’histoire du Maroc. Quand les Français ne voulaient plus avoir affaire avec l’ex Mohammed V, ils ont érigé un illustre inconnu comme le nouveau roi légitime des marocains. Quelques années après, les mêmes Français qui avaient exilé Mohammed V, ont été obligés de le rappeler pour enfin régler le conflit franco-marocain. Il en sera de même avec les leaders fantoches que Bremner, l’administrateur américain en Irak, aimposé aujourd’hui à l’Irak.

Claude: You are hitting the nail on the head!

Mansour: Ceci étant dit, tu ne peux pas t’imaginer combien j’ai été heureux d’apprendre que les deux fils de Saddam ont été finalement abattus comme des chiens enragés. Venant d’un même genre de système politique, je ne peux pas te décrire ma joie face à l’élimination de ces deux monstres qui ont représenté la haine vis-à-vis du peuple irakien qu’avait le régime. Toi, en tant que Canadien, je ne suis pas sur qu’il t’est possible de t’imaginer vivre dans un tel régime, mais moi je crois que j’ai suffisamment vécu dans un régime semblable, peut être pas aussi sauvage mais tout de même sans foi ni loi, pour ressentir ce que les Irakiens ressentent aujourd’hui avec la mort des enfants de Hussein.

Claude: Je te comprends bien et même si je n’ai jamais vécu cela, ce que tu dis me touche. Je sais que tu exprimes la vérité.

Mansour: Pour te donner une idée de l’arbitraire de tels régimes, je vais te raconter une histoire que j’ai vécue durant la période de Boumediene. Un soir, mon cousin, qui était employé d’Air Algérie, m’avait appelé pour me raconter l’histoire d’un de ses amis dans la compagnie. Cet individu était apparemment responsable de l’embarquement d’un vol domestique quand il se fait accoster par un civil qui lui demande de retarder la fermeture du vol en question. Ce pauvre employé lui répond qu’il n’a pas le pouvoir de le faire. Malheureusement pour lui, il ne savait pas que son interlocuteur était en fait le représentant du colonel, responsable de sécurité militaire en Algérie et qui devait prendre ce vol en urgence pour une affaire d’état. Enfin, le vol a eu lieu sans bien entendu le passager important. Le même individu est revenu au guichet d’Air Algérie pour annoncer tout froidement à l’employé qu’il devait répondre de son action à des gens bien plus importants que lui ou au directeur général d’Air Algérie. Cet individu, il avait très bien compris les menaces et avait, sur-le-champ, décidé de ne pas retourner chez lui pendant près d’une semaine et heureusement car le soir même, de son problème avec ce fameux personnage politique, des policiers en civil étaient déjà chez lui pour l’arrêter. Comme le hasard fait bien les choses, quelques jours après je dînais chez des amis et je leur ai raconté cette histoire. La femme n’a pas hésité une seconde pour prendre contact avec son père, qui était parent de ce fameux chef des services de sécurité militaires et le bonhomme a été enfin libéré de son angoisse. Mais figures-toi, un moment, que je n’aie pas eu l’occasion d’avoir vent des malheurs de ce pauvre employé, qui ne demandait qu’à faire son travail proprement et que surtout je n’aie pas parlé de ce scandale à mes amis. Qu’aurait été le sort de ce pauvre employé ?

Claude: Bravo pour toi et tes amis. C’est un genre d’incident que je ne peux imaginer chez nous. Il est vrai que je suis très loin de la vie que tu as menée.

Mansour: Si je te parle de cet incident particulier en Algerie, c’est en fait pour te décrire mes angoisses aussi bien pour ce qui est de l’Algérie que pour le reste des pays arabes. Je sais que pour ce qui me concerne en particulier, je ne voudrais certainement pas que les Français ou les américains viennent libérer le peuple algérien. Nous avons chassé le colonialisme français de l’Algérie, je ne vois pas pourquoi nous ne pouvons pas chasser nous-même lessoi-disant dictateurs d’aujourd’hui, sans aucune assistance étrangère. Je ne connais pas suffisamment bien le Moyen-orient pour dire si l’Amérique peut ou ne peut pas aider cette région à se régénérer et à se mettre à la page de la mondialisation économique, politique et culturelle.

Claude: Je te comprends. Pour moi, l’aide aux pays doit passer par l’ONU. Celle-ci devrait, par contre, dénoncer les régimes dictatoriaux qui contrôlent plusieurs pays et ne pas les laisser siéger à l’assemblée générale. Si elle se montre bon enfant, comme elle le fait actuellement vis-à-vis ces dictateurs, rien ne changera.

À la prochaine