le 18 février 2004


Ce dialogue couvre le choix possible comme candidat à la vice-présidence de Gephart ou Edwards. Il touche la présence de Ralph Nader dans la course.

Au 18 février 2004:

Mansour: Comme tu vois, les républicains n’ont même pas attendu le couronnement de la candidature de John Kerry pour sortir leur artillerie sale, semblable à celle qu’ils ont utilisée durant toute la période de Clinton. Déjà ils ont commencé à utiliser les tabloïds pour faire croire au public américain que John Kerry est de la même pâte que Clinton concernant ses relations privées. Ils ont tenté de noircir son dossier en tant qu’ancien combattant du Vietnam, en présentant une photo où il était à un meeting anti-Vietnam durant les années 70, avec Jane Fonda. Mais 48 heures après, même les républicains les plus fascistes ont dénoncé cette tactique. Maintenant l’appareil républicain contrôlé par la Maison Blanche essaye de présenter Kerry comme quelqu’un qui n’a pas de morale. Mais je crois que les démocrates et surtout Kerry ont très bien appris leurs leçons du passé. Les démocrates ont rapidement répondu à ces attaques en remettant sur la table le comportement de titi bush durant la guerre du Vietnam. Nous allons avoir certainement une campagne électorale très malpropre, mais John Kerry semble être prêt à se défendre cette fois-ci. Il ne fait pas de doute que la Maison Blanche a complètement perdu la tête ces derniers temps. Tout l’appareil politique de Bush passe son temps à échafauder des stratégies défensives plutôt qu’offensives. Et cela prouve que les républicains ont déjà perdu l’opinion publique. Une fois qu’un président a perdu la confiance du public, il est très difficile de la récupérer. Les derniers sondages montrent que Kerry a plus de 10 points d’avance sur Bush. Ce qui est extraordinaire aux USA. Je crois que le bateau Bush prend de l’eau de partout. La seule manière de réussir à nager contre la marée c’est d’amener Bush à abandonner son vice-président et à choisir quelqu’un comme Powell à sa place. Mais il court aussi le risque de se faire abandonner par toute la base (hard core) républicaine, qu’il perd de toutes les façons, après les fiascos de son discours à la nation, des dernières révélations concernant les informations données par les services secrets américains à Bush avant même qu’il ait décidé d’attaquer l’Irak, et surtout son déficit budgétaire qui s’élargit au jour le jour.

Claude: C’est un très mauvais président et je viens de lire le livre de O’Neill, l’ex-secrétaire au trésor qui a été pendant deux ans très près du président et membre du Conseil de Sécurité. Je te recommande fortement d’acheter ce livre qui est un «must» si on veut comprendre bien ti-Bush et le risque que prend les USA avec un tel président. Le livre est «The price of Loyalty» par Paul O’Neill. O’Neill est un grand home, ex-président de Alcoa, et un intellectuel des finances.

Mansour: Je crois qu’il n’est pas encore sorti de l’auberge, comme on dit. Il y a toujours Howard Dean qui lui crée des problèmes, malgré le fait qu’il avait promis à maintes reprises que son unique intention était de sortir Bush de la Maison Blanche. De plus, il ne faut pas oublier que nous avons toujours un politicien « maveric  » en la personne de Ralph Nader, fameux défenseur des droits des consommateurs depuis les années 60, et qui a en fait permis à Bush de gagner les dernières élections présidentielles, notamment en Floride, où cet individu avait tout de même eu plus de 250,000 voix. Une fois de plus ce même individu commence à penser sérieusement à se présenter comme candidat libre en novembre prochain, malgré le fait que John Kerry a dès le départ annoncé que sa candidature était en grande partie pour défendre la protection de la nature à travers non seulement les USA mais sur le reste du globe.

Claude: J’espère que Nader sera assez compréhensif pour cette fois ne pas venir diviser les votes. Le danger est trop grand pour la santé financière des USA et il devient important que même les Verts comprennent que, s’ils veulent des politiques qui favorisent leurs idées, l’argent est nécessaire et que des déficits grandissants ne favorisent que des coupures dans les programmes environnementaux.

Mansour: Dans un de tes messages tu me disais que le poste de vice-président ne pouvait pas aller a Gephardt du Missouri. Tu oublies tout de même que non seulement cet individu est capable d’assurer le Missouri aux démocrates mais il est aussi très influent dans les états du rust-belt comme on dit. Kerry a besoin du Missouri, de Michigan, de l’Ohio, de la Virginie de l’ouest pour battre Bush, même s’il perd tous les états du sud. De plus, Gephardt a gagner la confiance des «mass-médias» américains. Il faut voir comment il a été traité après son départ. Tout d’un coup, il est devenu un homme courageux, honnête et surtout fidèle à ses pensées politiques concernant les droits des travailleurs américains.

Claude: Oui, Gephart prend du poil de la bête et tu as peut être raison de le voir à la vice-présidence. Il a démissionné de son poste au Congrès Américain et sera certainement heureux d’accepter ce challenge, si Kerry lui propose. Mais je persiste à croire que le Sud est important et que Kerry y pensera à deux fois avant de choisir Gephart.

Mansour: Quand je vois la campagne menée ces derniers temps par Lou Dobbs, qui a toujours été un porte parole du business américain, et qui aujourd’hui dénonce la politique économique de Bush tous les jours, il y a un vent de xénophobie économique américaine qui ne cesse de se renforcer, avec les annonces quotidiennes de multinationales américaines pour éliminer des postes de travail aux USA tout en ouvrant d’autres en Asie (l’inde et les Philippines en particulier).

Claude: Oui, Lou Dobbs a toute mon admiration et va très loin dans ses commentaires… qui deviennent des craintes teintées de critiques. J’espère qu’il ne sera pas limogé par la direction de CNN car j’ai l’impression que la Maison Blanche doit faire pression sur Warner pour que Dobbs se calme ou soit remplacé. On verra bien… Entre temps il montre une clairvoyance et un courage rarement vus chez des commentateurs de télé.

Mansour: John Edwards est peut être du sud, mais je doute qu’il puisse assurer une seule victoire dans le sud à Kerry. Et il n’est pas du tout connu dans la rust-belt. John Edwards a un discours populiste mais il a certainement des difficultés a convaincre les syndicats américains de le suivre. Par contre, Gephardt a toujours été l’enfant chéri des syndicats ouvriers depuis des décennies.

Claude: John Edwards prend de jour en jour plus d’assurance et s’exprime avec une sincérité qui touche beaucoup de gens. Aujourd’hui, c’est la primaire du Wisconsin et on dit, que suite au débat de dimanche, il fera bonne figure. Les journaux locaux de Milwaukee l’ont appuyé. Il a du bagout, de l’image, un bon discours, et une sincérité qui devient de plus en plus évidente. Quant à Dean, je trouve encore son discours exceptionnel mais je crains qu’il soit devenu une victime des circonstances et qu’il n’a plus de chance. Par contre, j’espère qu’il restera dans la course car cela ajoute à l’intérêt du débat. Dean ajoute un apport important aux idées défendues par les candidats car il a été maintes fois l’instigateur de ces idées.

Merci et à la prochaine…