le 7 février 2008


Cette conversation traite de la campagne électorale à la présidentielle américaine et touche particulièrement la lutte entre McCain et Hillary Clinton ou Barack Obama.

le 7 février 2008

Mansour: Avec la presse américaine, il est vraiment impossible de se faire une idée claire des capacités de tous les candidats qui sont encore en lisse à la course aux élections présidentielles. Mais il ne fait pas de doute que c’est la presse qui décidera en fin de compte.

Claude: Tu n’es pas le seul à affirmer que la presse (certains disent mass-médias) a une très grande influence mais de là à lui donner le pouvoir que tu lui attribues me semble un peu exagéré. Il faut aussi tenir compte de la tenue et de la stratégie de chacun des candidats. Ils font tout pour nous expliquer clairement qui ils sont. Par exemple, Barack Obama mène une campagne extraordinaire avec un discours exceptionnel. Il touche les cordes sensibles de beaucoup d’Américains dont les jeunes. Je ne fais pas allusion ici aux noirs. Ceux-ci voient en lui le nouveau Messie. Je les comprends.

Si nous étions noirs, toi et moi, serions-nous, comme la majorité d’entre eux, favorables à Obama puisqu’enfin il est possible qu’un noir soit président des USA. Advienne que pourra, cette élection devient historique. C’est la première fois qu’une femme et un noir sont les finalistes d’un des grands partis politiques américains pour devenir son candidat aux élections présidentielles. C’est un point tournant de la politique américaine.

Mansour: Depuis le début de cette campagne des primaires, il ne fait pas de doute que la presse a décidé de présenter au public américain le candidat McCain du côté des républicains et Hillary Clinton du côté des démocrates. Les images de tous les prétendants à cette candidature créées par la presse ne sont que pour préparer le public américain à un show Hollywoodien à l’image des  » reality show » très populaires à travers les USA et même dans le reste du monde.

Claude: Il me semble que tu te fies aux éditoriaux du New York Times pour dire ce que tu affirmes sur l’importance décisive de la presse dans ces élections primaires. Je ne me rallie pas totalement à cette opinion puisque ce journal a donné de bonnes raisons pour son choix d’Hillary et de McCain. Les USA étant ce qu’ils sont, leur président ayant le pouvoir qu’il a, cette élection peut influencer l’Occident et les autres parties du monde. On a vu le mal que GW Bush a fait à son pays et à la planète. Il est temps que ce soit corrigé.

Mansour: Voici ce que je pense des candidats encore en course. Commençons par le candidat républicain dont le choix aujourd’hui est quasi officiel: McCain.

La presse a décidé que le seul candidat républicain acceptable pour elle est McCain. Ce sera donc McCain qui sera choisi au congrès de nomination du parti républicain. Je t’avoue que j’ai souvent apprécié son passé politique surtout lorsqu’il a pris des positions diamétralement opposées à celles de son parti. Ce n’est pas un hasard qu’il soit affublé du titre de « republican Maverick ». Ses positions sociales sont très acceptables. Il n’a jamais essayé de promouvoir la xénophobie qui hante tous les néoconservateurs des USA. Il a toujours été sensible aux problèmes des Indiens américains, par exemple. Il a aussi été très ouvert vis-à-vis du problème de l’afflux des latinos ces dernières années.

Claude: Oui, tu as raison, McCain a démontré dans le passé qu’il n’est pas GWBush. Il a contesté souvent le président et j’étais d’accord avec lui. Mais je n’aime pas ce qu’il dit dans les présentes primaires. Il a démontré son esprit guerrier. C’est un militariste et cela paraît plus que jamais. Il refuse de croire que l’aventure militaire américaine en Irak est contraire aux intérêts stratégiques à long terme des USA. Il a même affirmé que les forces armées américaines pourraient y demeurer 100 ans. Personnellement, je crois qu’elles doivent être rapatriées d’ici un an.

Par ailleurs, je ne suis pas d’accord avec sa promesse de rendre permanentes les réductions d’impôts temporaires accordées par GWBush aux riches de son pays. Bill Clinton, par exemple, qui a vu son compte d’impôt diminué de 87,000 $ a affirmé n’avoir pas besoin de cet argent. Alors que McCain a toujours affirmé dans le passé être contre cette politique, voilà qu’en campagne électorale, à cause de ses besoins de financement, il se plie et accepte de faire de même malgré que le pays soit gravement déficitaire et ne peut, entre autres, réparer ses infrastructures qui décrépissent, soigner les 50 millions d’Américains qui n’ont pas d’assurance-maladie, etc… etc….

Mansour: Mais sa vision de l’Amérique vis-à-vis du reste du monde me rappelle un peu la campagne électorale du sénateur Goldwater des années 60-70 qui représentait le même État que McCain actuellement. Il défend corps et âme la politique internationale de George Bush. Il va même plus loin que ce dernier. McCain n’a apparemment jamais accepté la faillite de la politique de son pays au Viêtnam. A tel point que maintenant il parle d’une guerre interminable dans une soi-disant guerre de religion contre les islamistes pour tout simplement se prouver à lui même que la défaite militaire au Viêtnam était en fait due aux défaitistes politiciens américains des années 60-70.

Claude: Alors tu me donnes raison. Je ne veux rien ajouter sauf dire que McCain ne doit pas devenir le prochain président des USA. Ce serait un geste de folie furieuse et une belle opportunité manquée !

Mansour: Hillary: La position de la presse vis-à-vis les candidats démocratiques est encore plus sinistre. Il ne fait aucun doute que la presse veut transformer ces élections en un règlement de compte définitif entre elle et Bill Clinton. Ajoute à cette obsession la recherche d’une situation de drame au sein de ce parti et tu comprendras peut être comment la presse a tout fait pour s’assurer d’une lutte entre Obama, représentant les noirs américains, et Hillary. À ce jour, cette presse a eu ce qu’elle recherchait. C’est à mon avis la raison fondamentale pour laquelle le pauvre candidat Edwards a été immédiatement éliminé de la course à la présidence malgré le fait qu’il avait un message et un programme de réforme qui méritaient au moins d’être débattus jusqu’au congrès démocrate.

Claude: Tu as vraiment une phobie contre la presse. Tu ne sembles pas tenir compte de l’excellente campagne que mène Obama et des erreurs de parcours de Hillary (je devrais peut être dire Bill). Edwards, que j’aime, n’a pu comme aux primaires précédentes faire sa place. Il avait un bon discours, de bonnes motivations, mais il ne visait pas juste. C’est malheureux, car je vois en lui un bon homme. Je crains que sa vie politique, du moins à la tête de son pays, vient de prendre fin. Hillary, la «front runner», a de plus en plus de problèmes à se maintenir dans la course à cause de sa position sur la guerre en Irak et son long passé aux plus hautes sphères de la politique américaine. Par contre, Obama, qui se présente comme le renouveau, frappe le clou sur la tête à chaque discours et a su la suivre de près.

Mansour: Je n’ai pas de phobie car pour moi la stratégie de la presse est claire. Elle est conçue pour d’une part réduire au maximum les chances de Hillary de gagner les prochaines élections présidentielles si jamais elle arrivait à avoir la candidature démocratique et d’autre part au cas ou Obama arrive à se faire élire candidat présidentiel des Démocrates, la presse prendra plaisir à nous montrer une fois de plus toutes les dimensions du racisme dans ce pays. Imagines un peu les « public ratings » de toutes les chaînes télévisées américaines si elles ont la chance de présenter ce drame dans les mois à venir.

Claude: Sur ce point, j’ai les mêmes appréhensions que toi et cela m’attriste.

Mansour: Voilà le climat politique que la presse a réussi à créer pour les prochaines élections au moment où, comme nous discutions dans nos conversations passées, les USA et le reste de l’Occident doivent, qu’ils leveuillent ou pas, tenir compte de l’apparition de nouvelles puissances politiques, économiques et sociales en Chine, en Inde, en Russie et en Amérique latine.

Claude: L’émergence de nouvelles puissances viendra changer la donne mondiale. Mais actuellement ce sont encore les USA qui dominent et c’est pourquoi l’élection du nouveau président des USA est de prime importance pour le monde entier, pour la prochaine décennie du moins.

Mansour: Je crois qu’il est utile à ce moment-çi de parler du comportement du journaliste Chris Matthews du réseau MSNBC si on veut préciser tous les éléments qui définiront les prochaines élections présidentielles aux USA. J’ai pendant très longtemps suivi attentivement son émission « Hard Ball ». J’ai trouvé qu’à lui seul, il a changé l’attitude du public américain vis-à-vis de l’aventure américaine en Irak. Mais, j’ai l’impression qu’il y a quelque chose de très sérieux qui le pousse à abandonner sa logique et à diriger une véritable croisade contre Bill Clinton, qui n’est même pas candidat aux prochaines présidentielles.

Matthews a beaucoup de mérite. Il est après tout le produit de la révolution lancée par John F. Kennedy. Je comprends même son mépris d’Hillary pour son vote qui a permis à Bush d’engager les USA dans l’aventure militaire en Irak. Je comprends son dégoût de Hillary qui à ce jour refuse de reconnaitre ce vote. Mais je ne crois pas que c’est la véritable raison de la haine de Matthews envers Hillary. À mon avis ce dernier s’est engagé à barrer la route à la présidence d’Hillary tout simplement pour avoir sa revanche (je ne sais pas pourquoi) contre Bill Clinton. Et c’est pour cela que j’ai vraiment été dégoûté par cet individu ces derniers temps.

Claude: Sur ce sujet de la haine de Matthews pour les Clinton, cela me surprend. Comme toi, j’ai toujours été impressionné par l’objectivité de Matthews sur le déroulement de la politique américaine et de ses joueurs. Il a toujours été Démocrate et ses positions actuelles sont d’autant plus surprenantes. Tu as peut être raison et je vais attendre l’évolution des choses avant de juger de la justesse de tes affirmations. Pour moi, Hillary est une très bonne personne et une excellente candidate. Si elle gagne, je serai heureux. Mais au moment présent, je préfère Obama qui, d’après moi, apportera un changement profond à la pensée américaine sur un très grand nombre de sujets.

Je crois qu’il peut arrêter la décadence intellectuelle et la diminution constante d’éthique chez les Américains. Il est temps que ça change ! Sinon, la domination de l’humanité par l’Inde et la Chine sera avancée appréciablement.

Mansour: Obama: Justement, en rapport avec Obama, je crois qu’il a été créé de toutes pièces par la presse. Il est vrai qu’il s’était prononcé contre la guerre en Irak, mais il n’était pas le seul démocrate à le faire. Mais ce qui est très important pour les véritables Démocrates est le fait que Barak a constamment voté contre leurs intérêts. À ce jour, il continue à dénoncer Hillary pour sa volonté de défendre un système universel de soins de santé et l’attaque, en plus, au même moment de continuer à protéger les intérêts des compagnies américaines. De plus, il continue aussi à défendre un système basé sur le volontarisme pour arriver à un régime d’assurance-maladie universelle. Il faut le faire. Ne serait-ce que sur ce point particulier, je ne vois pas comment Obama pourra mobiliser les masses de Démocrates pour s’assurer une victoire aux prochaines élections.

Claude: Obama a eu la vision et le courage de s’opposer à la guerre d’Irak dès les premiers jours. Toi et moi, partagions le même avis, tout comme 25% des Américains. Mais dans ce pays, il n’est pas facile avec toutes les pressions qui surgissent de toutes parts, de prendre une telle décision surtout lorsque qu’elle va à l’encontre d’une décision de l’exécutif du pays et de la majorité du Congrès. Nonobstant cela, Obama a pris cette décision et il faut lui en donner le crédit. Hillary, par contre, malgré toute sa sagesse et ses intentions de paix, a voté pour la guerre. En dépit de tout ce qu’elle dit aujourd’hui pour s’en sortir, le fait est qu’elle a voté pour. Alors qui a eu raison ce jour-là ?

Quant à l’universalité des soins médicaux, tu as raison de dénoncer la position d’Obama qui ne va pas assez loin à mon goût. Il promet de faire passer une telle loi d’universalité tenant compte des circonstances actuelles aux USA. L’opinion de la majorité des dirigeants sur ce sujet est contre la socialisation du régime de santé qui est, d’après moi, le seul vrai moyen pour assurer des soins complets à tout le monde. Obama, homme réaliste, propose un programme, qu’il dit, pouvant inclure tout le monde et qui tient compte de la réalité politique. Malheureusement, cette proposition n’est pas vraiment universelle et des millions d’américains pauvres ne seront pas encore protégés. Hillary qui a bien modifié ses propositions d’antan fait de même.

En les écoutant, tous les deux débattre du régime universel, je me trouve très heureux de vivre au Canada où l’on prend soin de tout notre monde gratuitement. Personne chez nous ne s’endette pour la vie où perd sa maison à cause de frais médicaux, personne n’est pas traité, comme c’est souvent le cas aux USA. Il est vrai que chez nous les plus riches paient plus d’impôts afin que tout le monde profite d’un parachute social qui les protège. À mon avis, ce doit être ainsi dans une société qui se respecte et qui est sensible aux besoins de son voisin. L’autre jour, j’ai entendu McCain dénigrer le système médical Canadien. Cela m’a écœuré.

Mansour: Lorsqu’Obama parle du futur de la guerre d’Irak, je ne vois pas de différence entre ses positions et celles de Hillary. Tout comme elle, il continue à défendre la présence des troupes américaines (pour soi-disant défendre l’ambassade américaine à Baghdâd et les civils américains résidant dans ce pays). Je me demande ce qu’Obama ou
Hillary penserait si un pays comme la Chine devait demander aux USA l’autorisation de déployer des troupes chinoises pour défendre les fonctionnaires chinois de son ambassade à Washington ou surtout défendre ses citoyens résidant aux USA depuis des siècles. Mais apparemment pour Hillary et Obama, ils appliquent toujours le fameux principe « faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais!!!!.

Où est donc la différence entre les stratégies républicaines et celles des Démocrates en ce qui concerne les affaires étrangères d’une manière générale ? J’ai l’impression que les USA ont un long chemin à faire pour enfin comprendre que le reste du monde finira par rejeter ce principe et exiger des USA de se comporter de la même manière que le reste des nations de la terre.

Claude: Tu as raison et c’est pourquoi la réputation des USA a diminué au plus bas point à l’étranger. Mais je crois qu’Hillary comme l’a fait son mari Bill changera tout cela et l’opinion mondiale deviendra meilleure envers les USA. Quant à Obama, je crois que le monde répondra davantage à ses politiques. Il ne veut pas de guerre. Il veut rencontrer ceux que GWBush a désigné comme les ennemis des USA (même s’ils ne le sont pas). Il veut retirer les troupes américaines d’Irak. Il veut redonner aux USA son influence en basant ses politiques sur les valeurs humaines, la droiture, le bon sens, la générosité, la compréhension et le bon entendement. Son approche est vraiment exceptionnelle. Il est crédible. Mais ce ne sera pas facile, il fera des erreurs, il se cognera la tête sur l’incompréhension et la mauvaise foi, mais à la longue j’ai l’impression qu’il réussira et les USA grandiront dans l’esprit des habitants de la planète et reprendront leur place.

Mansour: En conclusion, à mon avis, les élections présidentielles aux USA dépendront en grande partie du choix des Démocrates, de la culture présente du peuple américain et de sa vision du monde des années à venir. Il ne fait pas de doute pour moi que si Obama est choisi, McCain n’aura aucune difficulté à mobiliser sa base néofascisterépublicaine d’une part et surtout la majorité des américains qui ne sont pas encore prêts à accepter un noir à la Maison Blanche. Si Hillary est choisie par les Démocrates, McCain aura une chance de mobiliser une fois de plus tous les Républicains qui ont toujours été jaloux des succès de Bill Clinton dans le passé, mais je crois qu’il aura plus de difficultés avec l’électorat blanc américain.

Il ne faut pas oublier que la majorité des électeurs aux USA est féminine et grâce à toute la propagande négative de la presse contre Hillary en particulier les femmes américaines se sentent, de plus en plus, visées par les monstrueux médias qui plus que jamais ont démontré leur refus d’accepter la parité des genres aux USA.

Claude: Tu as raison. L’élection d’une femme n’est pas chose faite. J’ai écrit il y a plusieurs mois, qu’à cause du sexisme et de la discrimination aux USA, qu’Edwards serait désigné comme candidat du parti démocrate. Je me suis vraiment trompé. Mon opinion était basée sur le fait que je croyais que les Américains ne voteraient pas pour une femme ou un noir. Je pensais alors à l’électorat américain et non à celui du parti démocrate. Ce dernier, à ma grande surprise, à fait ce saut périlleux. Je crains toujours qu’Hillary ne soit pas élue présidente du fait qu’elle est une femme. C’est choquant, mais c’est comme ça.

Mansour: Voici mon verdict final pour ces prochaines élections. Si Obama est le candidat du parti démocrate, nous allons observer la plus grande victoire électorale dans l’histoire des Républicains. Je ne vois pas comment Obama pourra être victorieux dans aucun des 50 États des USA. Et si Hillary est choisie, ses chances de victoire dépendront de la situation économique aux USA durant l’été 2008. Si l’économie nationale sombre dans une récession sérieuse, alors les Américains voteront leur portefeuille et donneront la victoire à Hillary. Mais si l’économie américaine se porte tant bien que mal alors Hillary perdra ses élections.

Claude: Il est possible que tu aies entièrement raison. C’était mon opinion il y a trois mois et elle n’a pas changé depuis. Nonobstant les grandes qualités d’Obama, peut-il gagner ? Voilà la question. Je ne le crois pas. Mais qui sait ? Il est vraiment exceptionnel et son avalanche d’amis et d’admirateurs ne cesse de grossir de jour en jour. De plus en plus, j’ai l’impression qu’Obama sera le choix des Démocrates. Je suis certain que face à cette situation, les penseurs républicains et les conservateurs durs se frottent les mains. Il voit la victoire qu’il croyait, il y a à peine quelques mois, inespérée. Est-ce qu’Hillary recueillerait plus de votes qu’Obama ? Peut être. Mais pas assez pour gagner.

Alors un ou l’autre, ne changera rien au résultat final. Cependant, si une révolution est possible, si un miracle peut être révélé, si enfin les Américains démontrent la sagesse de leurs ancêtres, c’est, il me semble, à travers Obama que le rêve se réalisera. Ce pourrait être un jour merveilleux, impensable et un tournant de l’histoire américaine. Il arrivera au bon moment pour le monde entier. J’espère le vivre. Il est aussi possible (plusieurs disent probable) que le peuple américain en a soupé des Républicains et est prêt à voter sans condition pour le candidat démocrate quel qu’il soit.

À bientôt

Claude