Armand reprend le travail


Chapitre  XII

Armand reprend le travail

Ă€ son retour de Compostelle, Ă  la demande de son ami, Jean Demers, il retourne chez Pratt & Whitney pour servir de guide.

Il y a quelques années de cela, un événement, anecdotique certes mais à souligner, lui est arrivé ! Alors qu’il présentait en tant que guide l’entreprise à des visiteurs japonais, la conversation dévia vers les langues et les origines des personnes présentes. Au moment où Armand venait de terminer sa présentation ainsi que celle de sa langue maternelle, le basque, un des visiteurs japonais lui posa la question :  « Nola zara Jauna ? » (Comment allez-vous monsieur ?). Par la suite Armand avait appris que le visiteur avait étudié le basque dans une université japonaise qui offrait des cours !

Quand il était à Bordeaux, Armand pouvait utiliser le basque avec sa tante ainsi qu’avec le cuisinier du Collège Tivoli, un Basque qui avait vécu aux États-Unis. Il s’appelait Delgues. D’autre part, lors de sa vie militaire, il avait pour ami un certain Lacroix, bascophone, qui fut avant l’armée chauffeur d’Ibarnegarai. Grâce à Lacroix il pratiquait le basque.

En maintenant les liens avec sa famille et en lisant pendant plus de 40 ans l’hebdomadaire Herria, Armand n’a jamais perdu contact avec la langue basque. Il est important de souligner qu’Armand fait partie du petit groupe de lecteurs que compte Herria au Québec. D’autre part, il profitait de ses voyages au Pays Basque pour acheter de nombreux livres en basque qu’il ramènait au Québec.

Un de ces livres qu’il a beaucoup aimé « Biziaren olerkia » du Père Iratzeder. Lors d’un de ses voyages au Pays Basque, il avait même eu l’occasion de féliciter l’auteur de vive voix.

Comme il avait peu d’occasion d’utiliser le basque au Québec, il profitait de ces voyages pour parler en basque le plus souvent possible ! Il disait qu’au Pays Basque ce n’était pas lui qui glissait le premier au français !

D’autre part, il parlait en basque par téléphone de façon assez régulière avec sa famille. C’était surtout avec son frère Victor qu’il avait des échanges !

Au début, nous allions au Pays Basque aux cinq ans avec les enfants. Il y avait là-bas les cousins et cousines du même âge. Ce qui leur a permis d’aimer le Pays Basque. Anne et Olivier qui se cherchaient un pied-à-terre en ont trouvé un à Orègue même. C’est-à-dire qu’ils auront la chance d’acheter une partie de la maison Harguinania pour y passer des vacances et peut-être s’y installer à leur retraite.

Armand trouvait très important d’être à l’écoute des gens lorsqu’on s’installe dans un autre pays. Quand il est arrivé au Québec en 1949, il n’a pas eu de difficultés à prendre les habitudes des gens d’ici. Il n’a pas perdu beaucoup de temps à faire des comparaisons entre le français québécois et le français standard. En effet, il ne lui a jamais paru bon de vouloir corriger un moyen de communication ! Et pour cause, le français québécois, tel qu’il est, rempli sa fonction : des millions de locuteurs l’utilisent pour communiquer ! Rester silencieux, écouter les gens, apprendre ce qu’ils font, se comporter comme eux et se montrer solidaire ! Ce sont là des attitudes qui l’ont beaucoup aidé dans sa vie au Québec !

Il devint membre de l’Association des Anciens Combattants français dont André Malavoy était président. Les membres se rencontraient dans leur local, sur la rue Laurier, à Montréal, à tous les mercredis, pour le brunch, et il était toujours présent aux cérémonies officielles, comme le 14 juillet au Parc Lafontaine.

Il y avait aussi l’Association Basque du Québec dont il faisait partie et où il s’était fait des amis. Il aimait marcher et à tous les jours il sortait. Il pouvait parcourir 10, 15 ou parfois 20 km dans une journée.

Bénévolat

Armand faisait du bénévolat et était toujours prêt à rendre service. Cela a été une longue histoire. Venant d’un petit village basque, c’était naturel de s’entraider.

S’il y avait quelque chose à faire il ne disait pas non, se décrivant comme une multiple sorte d’aidant suivant les besoins. Les quatre frères ont été entraînés à aider leur prochain et aujourd’hui ses frères sont toujours impliqués.

À gauche, les frères Vignau : Jean, Victor, Joseph et Armand.

Pour Armand, ça veut dire 25 ans de service actif dans la paroisse Saint-Antoine de Longueuil, au Centre de Bénévolat de la Rive-Sud, à la Croix-Rouge et à tous ceux qui demandaient son aide.

Ce qui lui plaisait davantage, c’étaient les contacts personnels, qui lui permettaient d’aider un handicapé à réapprendre à marcher, d’aider à l’entretien de la maison, de faire de légers travaux de réparations, de travailler au jardin. Avoir la chance d’entendre leur histoire et faire de son mieux pour leur remonter le moral.

Il lui est arrivé d’assister un ami à la fin de sa vie.

Sur les pas de Saint-Paul

Après avoir fait le pèlerinage à Compostelle deux fois, il souhaita faire la croisière « Sur les pas de St-Paul ». Il part donc en octobre 2003. Malheureusement, ce voyage ne se fera pas. Rendu à Marseille, où il devait s’embarquer, il se fait voler passeport, papiers, argent. Il aurait pu être rapatrié à Longueuil, mais il préféra se rendre dans sa famille au Pays Basque. Je décide donc de le rejoindre sachant qu’il devait être désemparé. Je réserve l’avion pour un vendredi et le lundi précédent mon départ, je constate que mon passeport est périmé. Branle-bas dans la maison ! Avec l’aide de Jackie, les papiers sont prêts à temps. En même temps, elle doit aider son père.

Il y a Anne, en France, qui s’occupe de lui procurer un nouveau passeport et Jackie à Longueuil qui cherche son Certificat de citoyenneté canadienne. Je le rejoins à Orègue où nous passons quelques jours avant d’aller chez Anne.

Sur l’avion du retour, au moment de la descente, il éprouve une faiblesse aux jambes. Je le mentionne à Jackie qui est venue nous chercher à l’aéroport et elle lui suggère de se rendre à l’hôpital en arrivant. Il accepte ; on le garde une nuit mais on ne juge pas nécessaire de l’hospitaliser.